Comme le signal OFDM temporel possède un facteur de crête élevé, il est constitué de pics qui peuvent être d'amplitude bien plus élevée que le seuil de saturation de l'amplificateur. Les effets des non-linéarités (harmoniques et intermodulations) peuvent donc être plus importants qu'avec un signal monoporteuse, à recul équivalent. Or un certain nombre d'intermodulations et toutes les harmoniques se situent à des fréquences qui sont en dehors de la bande utilisée pour la communication, et donc fortement atténuées par le filtre de réception. Dans le cas général ceci est bénéfique, car les intermodulations sont des perturbations du signal. Mais dans cette application, ceci veut dire que le signal après le filtre de réception n'est plus le même que celui présent directement à la sortie de l'amplificateur. Donc même si l'on place dans le récepteur un système qui inverse parfaitement la non-linéarité de l'amplificateur, il subsistera des perturbations du signal et éventuellement des erreurs. Avant de tester quelques correcteurs à base de réseaux de neurones, nous avons voulu mesurer les performances d'un tel correcteur théorique, afin de vérifier que le filtrage des harmoniques et intermodulations ne nuit pas de manière significative à la transmission.
Le modèle d'amplificateur que nous avons utilisé pour nos simulations est présenté dans le paragraphe *, équations (3.1) et (3.2). Un calcul simple nous permet de trouver la réciproque de ce modèle, la caractéristique du modèle inverse :
où
est le gain de l'amplificateur et
l'amplitude de saturation en sortie. Nous avons simulé ce correcteur
dans un système OFDM avec 4 porteuses, une modulation MAQ16, un recul de
0 dB et
dans le modèle SSPA. Le taux d'erreur binaire d'un tel système
en fonction du rapport signal sur bruit
est présenté figure 4.4, par la courbe
'sspa'. La courbe 'ref' présente ce même taux
d'erreur binaire dans un système sans correcteur mais toujours avec
la non-linéarité.
Figure 4.4. Taux d'erreur binaire d'un système OFDM à 4 porteuses, un recul de 0 dB, une modulation MAQ16 et correcteur SSPA inversé

On constate donc qu'un tel égaliseur ne fait qu'ajouter
des erreurs à la transmission : pour un rapport signal sur bruit
de 24 dB le taux d'erreur binaire est toujours de 0,3, et le système
sans correcteur a des performances bien meilleures. Pour expliquer ce
phénomène il faut étudier un échantillon du signal OFDM temporel. La figure 4.5 présente le module d'un tel
échantillon, avant amplification, après amplification non linéaire, et
après correction par le modèle SSPA inversé (avec un bruit de
dans le canal).
Comme on peut le constater le signal se retrouve "aplati" après passage dans l'amplificateur non linéaire. Par contre après le passage dans le correcteur, on remarque la présence de pics d'amplitudes très importantes. Ces pics sont créés par le correcteur, qui amplifie le bruit du canal additif gaussien. La figure 4.6 montre l'amplitude de la sortie du correcteur en fonction de celle de l'entrée. La réponse du correcteur possède une pente très importante près de la saturation, et le bruit additif est très fortement amplifié lorsque le signal OFDM temporel se trouve dans cette zone.
L'entrée est normalisée de telle manière que l'amplitude 1
corresponde au seuil de saturation du modèle SSPA (
) et la sortie de telle
manière que le gain du correcteur soit de 1 dans la zone linéaire.
Un moyen envisageable pour pallier ce problème est de limiter l'amplitude du signal en sortie du correcteur, en ajoutant une marge de saturation.
Pour limiter l'amplitude du signal de sortie, lorsque le
module du signal à l'entrée du correcteur est supérieur à un certain
seuil, il est ramené à ce
seuil. Le rapport entre l'amplitude de saturation et le seuil sera
appelé marge de saturation, et exprimé en dB. Afin de trouver la marge
adéquate, le système OFDM a été simulé avec différentes marges et un
rapport signal sur bruit
.
La figure 4.7 montre le taux d'erreur
binaire en fonction de la marge :
Figure 4.7. Taux d'erreur binaire dans une chaîne OFDM à 4 porteuses, modulation MAQ16, correcteur SSPA inversé, recul de 0 dB, en fonction de la marge de saturation

Une marge de saturation de 0.125 dB est donc celle qui permet le taux d'erreur binaire le plus faible dans ce cas. La figure 4.8 montre le taux d'erreur binaire en fonction du rapport signal sur bruit avec cette marge de saturation :
Figure 4.8. Taux d'erreur binaire dans une chaîne OFDM à 4 porteuses, modulation MAQ16, correcteur SSPA inversé avec marge de saturation de 0.125 dB et recul de 0 dB

Cette fois on constate une réelle amélioration de la qualité de la
transmission, le correcteur SSPA inversé apporte un gain de 2 dB pour un
taux d'erreur binaire de
.
En appliquant la même méthode à un système OFDM avec 48 porteuses (ce
qui correspond à la modulation utilisée dans les réseaux HiperLan/2), on
conclue que la meilleure marge vis-à-vis du taux d'erreur binaire
est de 0.15 dB, et l'on constate des performances de même nature, ce
qui confirme que ce système est peu gêné par une augmentation du nombre
de porteuses :
Figure 4.9. Taux d'erreur binaire dans une chaîne OFDM à 48 porteuses, modulation MAQ16, correcteur SSPA inversé avec marge de saturation de 0.15 dB et recul de 0 dB

En augmentant encore le nombre de porteuses, on détermine par simulation qu'il faut augmenter encore légèrement la marge de saturation, qui est par exemple de 0.2 dB pour 512 porteuses. Mais cette marge reste du même ordre de grandeur dans tous les cas simulés.
On constate donc que ce correcteur basé sur le modèle SSPA permet de réduire le nombre d'erreurs dues aux non-linéarités. Cependant ce système peut difficilement être mis en pratique, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il implique de connaître parfaitement le modèle de l'amplificateur non linéaire. Si la réponse de celui-ci ne correspond pas au modèle qui a été utilisé pour déterminer la réponse du correcteur, il est probable qu'il ne sera plus efficace. De plus le signal ne doit pas être amplifié ou atténué : le signal à l'entrée du correcteur inverse doit avoir exactement la même amplitude que celui qui sortait de l'amplificateur, sinon l'inversion ne sera plus valide (cependant ce second point pourrait être résolu à l'aide d'un gain adaptatif). Enfin, rien ne prouve que l'inversion du modèle avec une marge de saturation soit le système optimal pour cette tâche, et une autre fonction pourrait permettre d'avoir de meilleures performances.
Dans ce paragraphe nous avons montré qu'un correcteur basé sur le modèle de l'amplificateur est efficace, et donc qu'il est possible (à condition de connaître parfaitement la réponse de l'amplificateur) de compenser les non-linéarités dans un système OFDM avec un correcteur dans le domaine temporel. Cependant nous venons de voir la mise en pratique de ce correcteur théorique présente des difficultés, et nous allons maintenant étudier sa réalisation à l'aide de réseaux de neurones.