Le but d'une modulation est de transmettre des informations d'un émetteur à un récepteur, à travers un canal de transmission. Ce canal possède un certain nombre de caractéristiques et de contraintes qu'il faut prendre en compte. Par exemple un canal sélectif en fréquence atténue le signal dans certaines bandes de fréquences et l'amplifie dans d'autres bandes, et ces perturbations doivent être prises en compte par le système de transmission. Ainsi les données numériques doivent subir un certain nombre de transformations avant d'être transmises, et une autre série de transformations est effectuée dans le récepteur pour obtenir à nouveau les données numériques envoyées. Les différentes étapes seront explicitées successivement dans ce chapitre. Le schéma ci-dessous résume l'ensemble de ces étapes.
L'ensemble des données numériques à transmettre est codé en une suite de 0 et de 1 par un processus qui dépend de la nature des données, et qui généralement supprime de la redondance éventuellement présente dans celles-ci. Par exemple pour la transmission d'images on peut utiliser l'algorithme de compression avec pertes JPEG. Le signal à transmettre peut être représenté par une source binaire, dont la sortie est un signal discret constitué des deux éléments binaires 0 et 1 (bits). Cette source possède un débit, qui s'appelle débit d'information binaire de la chaîne de transmission, et qui est égal au nombre d'éléments binaires transmis par la source par unité de temps.
En pratique des erreurs peuvent se produire durant la communication, et elles sont principalement dues au bruit et aux interférences produites par le canal de transmission lui-même. Pour y remédier, on utilise un codage correcteur d'erreurs : des bits de redondance sont ajoutés aux informations numériques à transmettre, et ceux-ci permettent au récepteur de détecter et/ou corriger des erreurs. Ces codes ne sont pas abordés dans ce document, mais le lecteur intéressé peut se référer à [COHE92].
Le codage binaire à symbole
[1] est l'étape qui génère un signal
discret à partir des données numériques. Chaque élément
de ce signal est appelé symbole ,
peut être réel ou complexe, et est associé à un ou plusieurs bits issus
de la source d'informations. On définit alors un second débit sur le
canal, le débit symbole,
qui est le nombre de symboles transmis par unité de temps. Il est mesuré
en bauds et est égal au débit binaire divisé par le nombre de bits
représenté par chaque symbole.
Le système le plus simple que l'on
puisse envisager est la modulation d'amplitude
à deux états. Chaque symbole
du signal discret correspond à un bit de donnée numérique à transmettre.
Si on note
l'amplitude du signal, les deux valeurs possibles pour
sont :
Ces deux valeurs correspondent respectivement à 0 et 1. Il est également possible de coder plus de bits dans un même symbole, en définissant plus de valeurs possibles. Par exemple pour coder deux bits dans un seul symbole, on peut utiliser une modulation d'amplitude à 4 états :
Par extension on peut construire une modulation d'amplitude à
états, où chaque symbole code donc
bits.
Les symboles
peuvent être complexes, et il est donc envisageable de coder
l'information dans la phase des symboles. Certaines applications
nécessitent en effet un signal avec un module constant. Si on appelle
le
nombre d'états, l'ensemble des symboles possibles est :
où
est la phase du premier symbole et
est une valeur de la forme
.
Ainsi chaque symbole
code
bits et on note MDPm
une modulation de phase à
états.
Enfin il est possible de coder de l'information à
la fois dans les parties réelle et imaginaire du symbole
.
Cette technique est appelée Modulation d'Amplitude en Quadrature
, et est notée MAQm, où
est
le nombre d'états de la modulation. Les MAQ les plus courantes
utilisent le même codage sur les deux parties réelle et imaginaire. Dans
ce cas
est de la forme
,
et chaque symbole code
bits :
bits dans la partie réelle, et
dans la partie imaginaire. Par exemple la modulation MAQ16 utilise deux
modulations d'amplitude à 4 états :
Un codage binaire peut se représenter de manière graphique,
appelée
constellation, dont chaque point correspond à un symbole
, à
côté duquel on indique éventuellement la donnée numérique que le symbole
code. Par exemple les constellations des codages MDP8 et MAQ16 peuvent
être représentés de la forme suivante, dans le cadre d'un codage de
Gray :
Le canal de transmission étant un milieu
continu, avant de pouvoir y transmettre les symboles
il faut obtenir un signal continu par interpolation. Les symboles sont
cadencés par une horloge à la fréquence
,
où
est la durée d'un symbole, et une forme d'onde
permet d'interpoler le signal discret.
est une fonction non nulle sur
et comme son nom l'indique donne la forme au signal continu :
Une forme d'onde classique est tout simplement le rectangle de
durée
:
Le signal ainsi généré a un
spectre infini. En pratique il est impossible d'utiliser tout le
spectre dans un canal réel, et il est alors nécessaire d'ajouter
après cette forme d'onde un filtre basse fréquence, qui servira à
limiter la bande passante du signal émis. Ce filtre est appelé
filtre d'émission, et on notera
sa réponse impulsionnelle. Il est placé après la forme d'onde, et
souvent dans un souci de simplification on appelle "filtre
d'émission" l'ensemble forme d'onde - filtre
d'émission, qui a donc pour réponse impulsionnelle
.
La transposition de fréquence est
nécessaire dans le cas d'une transmission radio. En effet un canal
radio est caractérisé par une bande de fréquences précise, et afin de ne
pas perturber les communications sur les autres canaux radio, il faut
s'assurer que la transmission n'utilise que cette bande de
fréquence. La largeur de cette bande
est souvent faible devant sa
fréquence centrale
,
et ainsi le signal qui y est propagé est dit à
bande étroite. Le signal provenant du filtre d'émission est quand à
lui un signal basse fréquence, dit signal en bande de base. La
modulation, ou transposition de fréquence, consiste donc à décaler la
fréquence centrale du signal pour respecter les caractéristiques
imposées par le canal. La
figure 1.3 montre la forme des
densités spectrales de puissance (DSP) du signal avant et après
transposition de fréquence.
Parmi les opérations classiques de
transposition à la fréquence
,
la modulation d'amplitude est la plus simple. Pour cela le signal à
moduler est multiplié par un signal sinusoïdal appelé
porteuse. Le signal
obtenu est le signal d'origine dont le spectre est décalé autour de
la fréquence de la porteuse, et a pour largeur de bande celle du signal en bande de
base. Si on appelle
le signal à moduler et
la fréquence de la porteuse, le signal modulé
est :
Il est possible de créer deux porteuses orthogonales à la même
fréquence en les déphasant de
.
Cette méthode s'appelle modulation en quadrature, et permet
alors de moduler deux signaux
et
avec chacune de ces porteuses et ainsi doubler la quantité
d'information transmise dans la même bande de fréquence. Comme on va
le voir dans la section suivante, l'orthogonalité des porteuses
assure que les deux signaux seront séparables à la réception :
Pour simplifier les notations, les deux
signaux
et
peuvent être regroupés en un seul, appelé enveloppe complexe :
Dans ce cas la modulation peut s'écrire :
Si l'on regroupe le filtre d'émission et la transposition de fréquence, on peut exprimer le signal modulé sous la forme :
Une autre notation peut être utilisée pour exprimer le signal modulé, à l'aide d'une base de signaux élémentaires :
En utilisant cette base, l'expression du signal modulé devient :
Cette notation servira lors de la présentation des modulations multiporteuses.
Un amplificateur est enfin nécessaire pour augmenter la puissance du signal afin que son niveau soit suffisant au niveau du récepteur[2], compensant ainsi les pertes en espace libre. Dans le cas d'un canal radio l'amplificateur est relié à une antenne qui rayonne et crée ainsi le signal radio. Dans le cas d'un canal filaire l'amplificateur est relié au câble.
Le canal de propagation perturbe le signal, en le déformant et en y ajoutant du . Ces deux aspects seront abordés plus loin dans ce mémoire, nous supposerons dans un premier temps que le canal est parfait. Le récepteur recueille le signal transmis, par l'intermédiaire d'une antenne pour un canal radio ou directement depuis le câble pour une transmission filaire. Une fois le signal ré-amplifié il est nécessaire de le démoduler, c'est-à-dire de faire une nouvelle transposition de fréquence afin d'obtenir un signal en bande de base.
Si l'on connaît la fréquence de la porteuse
,
une démodulation que l'on appelle cohérente permet de retrouver le
signal d'origine. Pour cela le signal reçu
est à nouveau multiplié par une sinusoïde à la fréquence porteuse
et
le signal obtenu
est alors la somme de deux signaux : le signal en
bande
de base qui contient l'information, et un second signal modulé à la
fréquence
.
En réalisant un filtrage passe-bas le signal en bande de base
peut être isolé :
Cette démodulation s'applique dans le cas d'une modulation
classique, c'est à dire avec une seule porteuse. Dans le cas
d'une modulation en quadrature, les deux
signaux
et
peuvent être retrouvés au niveau du récepteur en réalisant deux
démodulations, avec deux porteuses déphasées également de
:
Au moyen d'un filtre passe-bas les deux signaux en bande de base sont isolés.
Le signal démodulé est un signal
continu, mais le récepteur va devoir réaliser un échantillonnage afin de
déterminer les d'éléments binaires transmis. Cependant avant
l'échantillonnage, on montre [GLAV96]
qu'il faut réaliser un
filtrage adapté à l'émetteur pour une réception optimale des
symboles transmis. Dans le cas où aucun filtre d'émission n'est
employé (c'est à dire qu'on utilise simplement une forme
d'onde, et que
est un Dirac), le
filtre de réception adapté à la forme d'onde
a
pour réponse impulsionnelle :
Où
est l'instant d'échantillonnage. Le système de réception est
très simple dans ce cas, car le signal reçu à un instant donné après ce
filtrage correspond directement à un unique symbole, et celui-ci peut
alors être décodé. Par contre lorsqu'un filtre d'émission est
utilisé la réponse de ce filtre est généralement plus longue que
,
et le signal reçu à un instant
ne dépend plus d'un seul symbole émis, mais également des autres
symboles. Ce phénomène est appelé interférence entre symboles (IES). Pour
annuler cette interférence, il faut qu'à l'instant
d'échantillonnage on ne prélève que le
symbole émis, et annuler l'influence due aux autres symboles.
C'est-à-dire qu'il faut que la réponse impulsionnelle
de la chaîne de transmission complète (
)
vérifie :
où
est un réel,
et
sont respectivement l'instant et la période d'échantillonnage et
est le symbole de Kronecker[3]. On dit dans ce cas que
vérifie le
critère de Nyquist.
Le critère de Nyquist permet de déterminer l'expression du filtre de réception pour qu'il soit adapté au filtre d'émission et à la forme d'onde. De plus on peut montrer qu'il existe une répartition optimale entre les deux filtres d'émission et de réception, que l'on nomme demi-Nyquist, ou racine de Nyquist. Pour une discussion plus détaillée sur le filtre de réception et la racine de Nyquist, le lecteur peut se référer à [GLAV96].
L'étape suivante consiste à déterminer
les bits correspondant au symbole
reçu
après le filtre de réception. Ce symbole peut être différent du symbole
qui avait été envoyé (
)
à cause de perturbations introduites par le
canal. La détection par maximum de vraisemblance est le critère optimal
permettant de déterminer le symbole qui a été envoyé avec la plus grande
probabilité. Pour cela on sélectionne le point de la
constellation le
plus proche (au sens de la distance euclidienne) du symbole reçu, et les
bits qui sont associés à ce point de la constellation sont les bits qui
ont été émis avec la plus grande vraisemblance. Le plan complexe est
ainsi partitionné en zones de décision, chacune correspondant à un
symbole de la constellation, et donc à un ensemble de bits particulier.
Sur une constellation particulière, on peut représenter les limites de
ces zones par des traits pointillés (on suppose que tous les symboles
sont équiprobables) :
Le signal décidé (au sens du critère de maximum de vraisemblance), sous forme binaire, sera décode grâce au décodeur canal. Ce décodeur correspond au codeur canal qui a été utilisé dans l'émetteur pour ajouter de la redondance aux informations transmises (voir figure 1.1). Cette redondance est utilisée par le décodeur canal pour détecter des erreurs dans le flux binaire et éventuellement les corriger. Dans le cas d'un système FEC (Forward Error Correction) les erreurs sont corrigées directement par le décodeur, et dans le cas d'un système ARQ (Automatic Repeat reQuest) les erreurs sont seulement détectées et le système demande à l'émetteur de transmettre à nouveau les informations.
Jusqu'à présent on a supposé que le canal était parfait. Ceci n'est bien sûr pas le cas en pratique, et le canal déforme le signal transmis. Le modèle général est le canal multitrajets. Dans un canal radio, et particulièrement en milieu urbain, ou dans un environnement intérieur, les ondes peuvent être réfléchies par les obstacles environnants, et le signal reçu est une somme de différents échos atténués et retardés, qui ont chacun suivi un chemin différent.
Ce modèle est également retrouvé dans un canal filaire. Les ruptures d'impédance du câble (un raccord ou une dérivation par exemple) engendrent des réflexions du signal, ce qui cause également des échos avec différents retards et degrés d'atténuation.
Si l'on appelle
le temps de propagation du trajet le plus court et
celui du trajet le plus long, on peut définir l'étalement des retards
,
qui est alors égal à
.
Cet étalement correspond à l'intervalle de temps pendant lequel la
réponse impulsionnelle du canal est non nulle. En comparant
l'étalement des retards avec la durée
d'un symbole, on peut déterminer s'il y aura une
interférence entre symboles introduite par le canal. Si
,
c'est-à-dire si la durée du symbole est grande devant
l'étalement des retards, l'influence de ces retards est
négligeable sur tout un symbole, et il y aura peu d'interférence. Si
est du même ordre de grandeur que
,
il y aura une interférence entre quelques symboles, et plus
est petit devant
,
plus le nombre de symboles qui interfèrent entre eux est grand.
Ce critère peut être exprimé également de
manière fréquentielle, en comparant la bande passante
du signal modulé, et
.
Si
,
les retards ne créeront pas d'interférence importante entre les
symboles. Sinon plus
est grande devant
,
plus l'interférence sera importante. On définit la
bande de cohérence du canal
,
qui est du même ordre de grandeur que
,
et qui représente la largeur de bande de fréquence sur laquelle on
considère que la réponse fréquentielle du canal varie peu, et donc la
largeur de la bande que l'on peut utiliser sans avoir
d'interférence significative. Généralement on définit la bande de
cohérence à 3 dB, c'est à dire la bande de fréquences dans laquelle
la réponse fréquentielle s'écarte de moins de 3 dB du maximum. Bien
sûr la bande que l'on utilisera en pratique pourra être plus ou
moins grande que la bande à 3 dB, en fonction de la tolérance voulue sur
les perturbations introduites par les retards.
Lorsque
est de l'ordre de grandeur ou inférieur à
,
il faut adapter le filtre de réception (équation (1.16)), et tenir compte de la réponse
fréquentielle du canal. On intègre donc la réponse du canal
dans la fonction
devant vérifier le critère de Nyquist (équation (1.17)). Cette fonction est maintenant définie par
. Si
et
sont connus, il n'en est pas de même de
.
En effet la réponse du canal dépend des conditions extérieures, et peut
même varier au cours du temps. Plus
est petit devant
(c'est à dire plus
est grand devant
),
plus le problème de la détermination du
est délicat, car plus le nombre de symboles impliqués dans
l'interférence est grand. Une méthode généralement employée est
l'égalisation de canal, qui consiste à séparer le problème en deux.
Le filtre
de réception est décomposé en un filtre
adapté au filtre d'émission, et un second filtre
adapté au canal :
Le filtre de réception,
,
est déterminé de la même manière que dans le cas du canal parfait,
tandis que le filtre
inverse la réponse du canal. Dans ce cas le critère de Nyquist est
également vérifié et la perturbation introduite par le canal est
compensée. La difficulté de la méthode est l'évaluation de
,
qui n'est pas connue à priori, et peut évoluer dans le temps.
C'est pourquoi on choisit en général un système adaptatif pour
réaliser l'égaliseur.
Il peut également être réalisé sous forme discrète, et dans ce cas il
est placé après l'échantillonneur.
Les canaux multitrajets sont également appelé canaux sélectifs en fréquence, car comme on le voit sur la réponse fréquentielle figure 1.9, ils atténuent certaines bandes de fréquences et en amplifient d'autres. Les modulations multiporteuses sont une solution proposée pour s'adapter plus facilement à ces canaux difficiles.
[1] cette étape sera appelée "codage binaire" dans le reste de ce mémoire, afin de ne pas confondre avec le "codage canal", aussi appelé "codage correcteur d'erreur" évoqué dans le paragraphe précédent.
[2] Dans le cas du canal hertzien, l'atténuation en espace libre du signal radio peut être très importante, et dépend de la fréquence de modulation. L'effet est moindre dans un canal filaire mais tout de même sensible sur de longues distances
[3] Ce symbole est utilisé pour
simplifier les notations.
si
et
sinon.